Témoignage d’un départ de Paris pour Angers

J’irai où tu iras

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Céline Dion et Jean-Jacques Goldman

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1995

J’irai où tu iras… Mon pays sera toi, qu’importe la place et qu’importe l’endroit… Pour ce nouveau billet je suis partie à la recherche d’un nouveau témoignage qui sent bon la fraîcheur, le positif et la promesse d’une vie meilleure : celui d’un pari réussi de départ de Paris, et en famille ! C’est donc Céline (encore un nom d’emprunt, anonymat oblige) qui s’est livrée aujourd’hui à l’exercice de partager avec moi une tranche de vie qu’il me tenait à cœur d’écrire et de vous retranscrire. Alors prends tes clics et tes clacs pour vivre tes rêves et non rêver ta vie… Céline, the floor is yours !

Paris et ses limites

J’ai grandi en province et, étant fille de fonctionnaire, j’ai beaucoup déménagé dans des villes de taille moyenne avec mes parents. J’y ai toujours vécu heureuse mais un jour, à 21 ans, je suis allée chercher bonheur dans la capitale. Le bac pro en poche, j’ai suivi un ami qui a déménagé à Paris – qui offre beaucoup plus de choix professionnels que les villes où j’ai vécu jusqu’alors – et je me suis inscrite dans une boîte d’intérim pour commencer à gagner ma vie. J’ai eu la chance de pouvoir trouver tout de suite une belle opportunité dans une entreprise dans laquelle je suis encore aujourd’hui. Cette opportunité, sans diplôme, je ne l’aurais jamais eue en Province.

Nous étions alors en 2001, je n’avais pas d’enfant et toute l’envie de vivre et de découvrir Paris. J’ai adoré cette ville. J’étais alors célibataire – puis en couple – et j’ai pu explorer toutes les richesses qu’offre la capitale : sorties, restau, théâtres, cinés, expositions, musées, … J’avais le temps alors de profiter de toutes ces possibilités.

Puis sont venus les enfants et là, cette ville tant aimée jusque-là, est devenue une réelle contrainte. J’ai dû m’éloigner du centre pour pouvoir avoir de l’espace. Les temps de trajet se sont rallongés (en moyenne 1h le matin et 1h30 le soir), les sorties ont diminué, le rush du quotidien a démarré : déposer ses enfants à 7h30 à la garderie pour éviter les bouchons et être à l’heure au bureau (crois moi, en hiver, dans le noir et dans le froid, ça fait mal au cœur), rentrer tard le soir après 1h30 dans les bouchons, voir ses enfants dans de mauvaises conditions, vite fait, parce qu’il faut les coucher tôt… J’ai eu le sentiment de rentrer dans un rouleau compresseur, à courir après le temps, à tout faire toujours vite vite vite, d’être en stress permanent et sans cesse en retard.

Les déclencheurs du départ

J’ai fini par prendre du recul par rapport à cette situation et à me dire : « Mais quand j’étais petite, je n’ai jamais vécu ça ? Je n’avais pas de garderie, je voyais mes parents le soir ! » Ce fut le premier déclencheur de ma / notre volonté de partir de Paris.

Le second déclencheur vient d’une discussion que j’ai eue avec une de mes collègues. Un jour, lors d’un café, elle m’a parlé de son enfant de 15 ans qui commençait à sortir. En relevant ses comptes, elle s’est rendue compte qu’il était sorti sur Paris (ils habitaient en banlieue). J’ai pris conscience qu’en région parisienne il était compliqué de maîtriser les allers et venues de ses enfants. J’avais envie d’une ville plus petite, plus concentrée afin de mieux maîtriser les sorties de mes enfants quand ils seront en âge de sortir.

Tels furent mes déclencheurs. J’étais prête à partir de Paris coûte que coûte car j’avais envie de profiter de mes enfants et de leur offrir un cadre de vie qui me correspondait.

Le choix d'Angers

Nous recherchions une ville avec les critères principaux suivants : de nombreuses universités pour les études de nos enfants, une grande ville avec un centre assez dynamique, une ville proche d’un grand pôle (Nantes / Paris / Bordeaux).

Mon conjoint a cherché un travail partout en France en gardant une préférence pour le Sud-Ouest. Cela s’est traduit par plusieurs tentatives : une opportunité à Toulouse (le poste ne correspondait pas), une à Tours (le poste ne correspondait toujours pas), et une à Angers.

L’entretien à Angers s’est déroulé un soir de fête de la musique. En attendant mon mari, j’ai pu explorer la ville et j’en suis totalement tombée amoureuse : grande mais pas trop, très moderne, ville d’étudiants, de nombreuses terrasses pleines, vivante, dynamique. J’ai tout de suite su que c’était là que je voulais vivre et faire grandir mes enfants. Angers a été une évidence.

Par chance, mon mari a décroché son CDI… C’était parti pour le renouveau.

Les bénéfices de la vie à Angers

Tout d’abord le premier bénéfice c’est la simplicité. Je ne me pose plus la question des transports que je vais prendre, de l’heure à laquelle je dois partir pour éviter les bouchons, de l’endroit où je vais me garer, … Un petit exemple, la semaine dernière nous étions en famille et après notre dîner, nous avons eu envie d’une glace. Ni une ni deux, nous sommes allés manger notre dessert dans la rue piétonne du centre-ville et nous sommes rentrés tranquillement en moins de 10 minutes chez nous. Aucun problème pour se garer, pas de parking à payer, pas de queue chez le glacier, simple quoi !

Ensuite, il y a bien sûr le logement. Nous habitons aujourd’hui dans une maison qui fait 3 fois plus de surface que mon ancienne maison en région parisienne, avec piscine, et que nous avons achetée en prime moins cher que notre maison en région parisienne. Enfin ça c’était la situation avant le COVID. Aujourd’hui, nous voyons beaucoup de parisiens arriver… Et les prix flamber…

Nous avons également gagné sur le coût de la vie : à titre d’exemple, le tennis coûte 140€ à l’année, le coiffeur me revient à 65 € avec mèches etc.

Enfin, je dirais que je n’ai plus le sentiment de vivre dans une fourmilière. A Paris j’avais toujours l’impression d’être dans une course perpétuelle où je devais tout faire vite. Ici, j’ai gagné en qualité de vie, je peux me balader tranquillement dans la rue, avoir du temps pour mes enfants et même – chose incroyable – avoir du temps pour moi ! J’ai parfois le sentiment de vivre des vacances à l’année, ça n’a pas de prix !

Et les inconvénients ?

Nous avons emménagé à Angers puis avons fait face aux confinements / couvre-feu, … Il a été compliqué de créer des liens avec les angevins jusque-là. Le fait d’avoir conservé mon emploi sur Paris ne me permet pas de créer beaucoup de relations avec des personnes de cette ville. Pour pouvoir rencontrer une personne j’ai même dû faire appel à une sorte de « Meetic » pour amis ! Prochaine étape, m’inscrire au groupe « Sortir à Angers » pour élargir mon cercle d’amis.

A part cela, certaines enseignes – comme Ikéa – me manquent ! Sinon… Rien !

Le choix de conserver son emploi

Le choix de notre départ s’est fait avant la crise du Covid. A l’époque j’étais un cas isolé dans mon entreprise à émettre le souhait de partir en Province tout en conservant mon emploi parisien. Je voulais garder mon emploi car tout d’abord j’aime beaucoup mon entreprise et que cela représentait une facilité : ne pas être à deux en période d’essai, conserver l’intérêt de mon poste, assurer un salaire, …

Quand j’ai fait la demande de télétravail, je ne pensais pas qu’elle serait accordée, mais à ma grande surprise ce fut le cas. Comme dit, la démarche était à cette époque une exception. Puis est venue la crise du Covid et tout s’est démocratisé. Je suis passée d’un cas isolé à un cas normalisé. Par conséquent, ce qui me semblait transitoire est devenu facile. Je me suis rendue compte que cette situation pouvait devenir définitive.

L’organisation du travail

J’ai fait le choix de ne pas être 100% en télétravail. Personnellement, je ressens le besoin de voir mes collègues, de pouvoir leur parler dans un couloir, de boire un café avec eux. Les jours de retour, ce sont des jours où je me réserve du temps pour interagir avec les personnes que je vois. J’utilise donc mes jours de télétravail pour réaliser mon travail de production et mes jours en présentiel pour conserver du lien. J’ai pu observer qu’à distance, il est facile de tomber dans l’oubli. Nous avons certes les outils digitaux à disposition, la webcam, mais ce n’est pas pareil. J’ai besoin de contact, de voir une personne sans casque sur les oreilles, …

En pratique, je viens en voiture. Pourquoi ? car je ne veux pas retomber sur les timings des transports. Quand je suis là, je suis là et je n’ai pas envie de regarder ma montre et de partir en courant alors que j’étais en pleine conversation pour ne pas rater mon train de 18h05. J’ai besoin, sur ces quelques jours de retour sur site, d’être libre et de ne pas retourner dans le « vite vite vite ».

En termes de fréquence, j’ai testé plusieurs tempos : 2 jours par semaine, 3 jours toutes les deux semaines, pas de retour, … Celui qui me convient le mieux est 3 jours toutes les deux semaines.

Concernant le logement, je dors chez ma belle-mère. Toutefois je ne me sens pas à l’aise dans son appartement et j’ai maintenant envie de trouver une solution type AirBnB ou hôtel. Après tout, c’est MON moment : je n’ai pas les enfants, mon mari n’est pas là, j’ai envie de me sentir tranquille dans ma chambre et de prendre du temps pour MOI.

Pour financer la chambre d’hôtel, j’envisage de faire du blablacar pour gagner un peu d’argent et payer ma chambre d’hôtel. Malin non ?

Et vous, quels seraient vos moteurs de départ de Paris ?

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